Antonio Lampecco (Belgique)

La céramique d’Antonio Lampecco, ce sont des planètes, des continents infinis pour l’imaginaire, des lieux de contemplation, de partage et de complicité. Comment ne pas aimer ces œuvres qui transfigurent les éléments constitutifs de notre monde : l’air, le feu, la terre, l’eau ? Antonio Lampecco a mis tout l’univers dans un pot !

Dans l’atelier du potier, comme au premier jour de la création, Antonio se bat avec la glaise. Une boule de terre danse sur le tour, obéit aux pressions de ses doigts. Elle se défend, la terre, il faut la dompter, jouer de connivence avec elle. Ces deux mains-là, fortes et douces, nous sont venues de Toscane, il y a 60 ans.

« Il faut bien aimer ce que l’on fait et si l’on aime ce qu’on fait, on fera un beau pot. Beaucoup de patience et d’amore », dit-il avec son délicieux accent.

La pièce unique tournée, il faut la « tournasser », en parfaire le fond et le col. « Si un artiste n’est pas toujours en train de chercher à mieux faire, je pense qu’il s’éteindra peu à peu », prévient-il.

Lorsque le fragile sujet a passé les phases de gestation, il est soumis à l’épreuve du feu ! L’ouverture du four après la première cuisson suscite une crainte : l’enfant nu est-il réussi ? Il y a tant d’impondérables ! Nous voici maintenant au stade de l’émaillage. Les émaux sont des oxydes métalliques simples ou mélangés, selon les tonalités à pourvoir. L’ultime station, c’est la seconde cuisson. L’œuvre se drape de sa parure. Contemplons sa livrée d’émaux éclatés : ces constellations de cristaux, de pigments scintillants, de stries laquées de bleus impériaux, des camaïeux précieux, des verts fruités. Sur les parois, défile un univers en réduction minérale, végétale, organique, discrètement resserré sur les fines lèvres de l’édifice.

Dès son arrivée en Belgique en 1948, le jeune Antonio est mis à la rude école du métier. Autant dire qu’il la connaît bien la terre, physiquement, par les jambes, les pieds, les paumes, les pores, le nez et les yeux. En 1953, le Père Ambroise de Maredsous le prend huit jours à l’essai. Un demi-siècle plus tard, Antonio est toujours là…

Des distinctions, l’artiste en a reçu de partout. Mais cette pluie de récompenses n’a jamais entamé la simplicité de cet homme arraché à son Italie chérie.

Les recherches personnelles lui ont fait engranger mille secrets. Personne n’a plu égaler ses formes parfaites ni ses émaux qui sont des miracles de préciosité, de raffinement et d’appels vers les rêves les plus lointains.

En contrepoint d’objets domestiques (assiettes, tasses, gobelets, etc.), d’une rare élégance fonctionnelle, il y a ses pots, ses vasques, ses gouttes, où se concentrent toute la densité d’un globe rebondi, la sensualité d’un fruit mûr, l’attrait d’un cadeau qui force les yeux et les mains à en posséder le galbe, à en épouser le ventre.

L’esthétique d’Antonio Lampecco est en pleine conformité avec l’homme. Ni maîtres extérieurs, ni leçons de japonisme, ni tentation moderniste d’aucune sorte! Comme l’homme, l’artisan artiste s’est fait seul, à l’abri de sa seule passion.

Ses formes préférées seront celles de la plénitude d’abord et de la douceur : des rondeurs, des boules de toutes tailles. Vision presque cosmique voir organique, à l’image des grosses
pastèques de son enfance, peut-être aussi à l’image du ventre d’une femme enceinte.

Antonio n’ouvre ses céramiques sur l’extérieur que par un minuscule orifice de soliflore. Il s’en est parfaitement expliqué: « mes pots à orifice minuscule ne doivent servir à rien, je ne les ai pas créés comme vases, ils servent à être beaux tout simplement, à faire plaisir, à faire rêver ». Aucune formule bien précise: la spontanéité, l’expérimentation la plus ouverte domine tout.

A 75ans passés Antonio Lampecco poursuit son œuvre avec la même passion, le même amour de la beauté fertile, le même désir de partage et de paix, inlassablement soutenu par sa femme et ses deux fils qui le secondent depuis toujours, unis dans la même foi et le même culte de la beauté.

BIOGRAPHIE

Antonio Lampecco  est né à Minucciano (Toscane, Italie) le 03 aout 1932.

Il habite à Maredret.

Il est marié à Chiara De Zalt Sappadina. Ils ont 2 enfants : Marco ( décèdé en 2011) et Thierry.

Céramiste potier, il est membre associé de l’Académie Royale de Belgique.

Il a obtenu le certificat de maître-artisan au terme de 2 ans d’apprentissage à la poterie de Rebaix.

Il dirige l’atelier de céramique à l’abbaye de Maredsous.

Il a obtenu de nombreux diplômes, prix et médailles.