Dé-nature

Comme un jardinier dans un jardin clos, François Pagé s’attache plus à contredire la nature qu’à en restituer un pastiche.

Il s’agit bien là de « dénaturer », dans le sens où elle a été tracée, modifiée, altérée, reconstruite greffée, sarclée arrosée.

De l’image à l’imaginaire sa scénographie laisse apparaître des figures liées à l’art populaire : statue, satyre, berger, promeneur, animaux, tente, cabane. Ils sont là comme mis à l’écart, camouflés, tressés, comme une image dans le tapis, sans haut ni bas.

Pas de sens a cette peinture encore moins d’apesanteur, plutôt une vision du troisième œil.

F.B Extrait du livre « Nature art today 2010 » d’ Eric Patou

Démarche artistique

« François Pagé cultive ses jardins… »

Le plaisir est dans la séduction et la nature séduit les âmes saturniennes par ses décors, ses arômes encensoirs, son essence incantatoire. Métamorphosée dans l’esprit du peintre qui se la réapproprie à ses propres ardeurs, elle revêt chez François Pagé l’apanage d’une femme dont les lettres du prénom symbolisent un univers fantasmagorique orné de mille tonalités parfumées…Et à chaque prénom, une dimension picturale jaillit de l’œuvre, telle une mise en scène romantique à travers laquelle quelques songes ineffables évoluent de façon altière et cernent de lyrisme gestuel et de poésie coloriste le support qui n’a nul mot à dire, se contentant seulement de se laisser surprendre, recouvrir et griser de désirs matiéristes. Une aura translucide traverse parfois le théâtre de ces jardins à l’anglaise pour irradier en ciel d’opale à l’arrière-plan des compositions.
Le peintre s’abreuve aux fontaines de Jouvence et le jour ne décline jamais dans ses œuvres. D’une bribe de nature morte, comme celles jadis si prisées par les Maîtres de la peinture de genre, il en ressort ici un jeu de cache-cache anachronique de styles défiant les canons esthétiques et l’horloge de Chronos. François Pagé cultive ses jardins, comme un philosophe des Lumières il les souligne d’une réflexion aussi mesurée que la main qui les peint.
Lièvre en faïence trônant au centre, faisant au bord de la pièce, silhouette en mouvement traversant l’œuvre, est-ce le sceau d’un vécu se mêlant aux chimères des muses ou l’estampille de penchants intimistes qui interpellent l’œil puis s’évanouissent dans le dédale imaginaire d’un jardin dont l’artiste nous livre un fragment par touches et rayons coloristes élaborés ? Avec le sourire, l’artiste se confessera peut-être, sinon le spectateur jouira de toute sa liberté pour imaginer à sa guise ce que l’œuvre lui suscite émotionnellement et mentalement et peut-être y rencontrera-t-il la légende personnelle du peintre ?…
François Pagé cultive ses jardins comme un poète matiériste savant, usant de l’enseignement passéiste au profit d’une conscience avant-gardiste. Les formes parfois oblongues, parfois convolutives qu’il dépose sur ses toiles coulent de source et les couleurs arpentent des allures de météores incandescentes croisant le fer avec la douceur de nues diaphanes gonflées de songes, offrant ainsi au regard une poétique ornementale et une dialectique des sens…

Virginie Gauthier, février 2007

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